• Solstice

    Posted on décembre 24, 2013 by in Actualités

    Quand je lis solstice, je pense hiver, jamais été. Je ne sais pas pourquoi. Un solstice, c’est blanc, peut être bleu.

    Je vois un matin d’hiver, baigné de lumière, comme seul le soleil de décembre sait en faire. Un soleil d’hiver, froid, doux, translucide, et parfois, par surprise, brûlant.

    Un soleil d’hiver, ça me fait penser à ma mère, à mon fils, à moi parfois. Aux yeux bleus. A ces émotions à fleur de peau, qu’on laisse un peu loin, pour se protéger, mais qui finissent toujours par affleurer.

    Ce week end, c’était le « Tribal Solstice ». Un spectacle. Avec ces filles. Ces filles de la Bretagne. Ces inconnues que je chéris, que j’admire, avec qui je danse, que je regarde danser. J’étais fatiguée, j’étais là, mais j’étais déjà dans Noël, avec mes enfants, ma famille. C’était un peu bizarre.

    J’avais envie de profiter plus, d’être plus là, d’être plus dedans, de rire avec chacune. Mais je me suis sentie spectatrice. C’était un choix totalement délibéré, en plus, je ne voulais danser que le set d’impro de groupe à la fin, pas de solo, trop dur à préparer, trop dur à danser/donner. Alors j’étais là. Mais finalement, je me suis retrouvée dans l’inconfort d’être spectatrice. J’ai même retrouvé ce sentiment qui m’avait quitté avec l’adolescence, de regarder le groupe, de regarder ces êtres lumineux qui savent si naturellement occuper l’espace, prendre toute leur place, de vouloir les rejoindre, mais de ne pas pouvoir, de ne pas pouvoir les atteindre, de savoir que je ne suis pas un être lumineux. Je me suis sentie maladroite, à côté. C’était assez douloureux.

    Et surtout, c’était assez inattendu. Je pensais avoir atteint un âge où on est capable d’être tranquille avec soi, de ne pas devoir chercher sa place. Mais en fait, j’ai compris autre chose.

    Dans la danse, je suis vulnérable. Terriblement vulnérable. Vulnérable et imparfaite. Vulnérable parce qu’imparfaite. Tiens, revoilà ce fucking besoin de perfection que lui aussi je pensais avoir laissé loin derrière, saloperie, tu le fous à la porte, il rentre par la fenêtre. Et en fait, on en est toutes là, toutes à poil. Devant des inconnu(e)s, mais pas si inconnu(e)s, puisqu’on se dévoile en dansant plus qu’on le ferait jamais en causant. Et c’est ça, c’est ça qui chamboule tout.

    C’est ça qui tisse ce truc si spécial, qui commence dès les coulisses, cette solidarité, cette tendresse, ce courage qu’on se donne, toutes dans le même bateau, passe moi ton rouge, quelqu’un a un coton tige, ça va ma jupe?

    C’est ça qui fait qu’à dix, vingt sur scène, le public ne peut que sentir la belle énergie qui circule.

    C’est aussi ça qui fait que j’ai envie de protéger les autres danseuses, que j’ai envie de les baigner de chaleur et de confiance. Mais c’est ça qui fait que fatiguée, je ne sais plus gérer ma vulnérabilité.  Fragiles soleils d’hiver, si facilement rattrapés par les nuages. L’autre soir, je n’étais pas vraiment là et désemparée de ne pas être vraiment là.

    C’est la danse. C’est le soi dans la danse. J’apprends, je m’apprends. Le jeu en vaut la chandelle… mais quelle violence, quel remous. Je n’aime pas trop les remous. Surtout dedans. Ça déborde vite.

    Mais après tout, je regarde danser les êtres de lumière, et c’est déjà ça comme nourriture.

     

    (Bon, et pour être honnête, je me suis AUSSI tapée quelques bonnes tranches de rire, faut pas déconner, la mélancolie, ça va bien cinq minutes.)

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