• Paradoxes

    Posted on juin 6, 2014 by in Actualités

     

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    Esquisse Claire Luxey

    Fin Mai 2014. Maria Robin est à Brest. C’est impensable de ne pas danser un peu avec elle, c’est intenable de caser une préparation de chorégraphie dans mon emploi du temps de ministre, pardon, de mère. Alors je continue mon baptême du feu… je danse en improvisation, je ne peux écrire pure, car elle ne l’était qu’à 95%, mais enfin pour moi c’est vraiment aller danser sans petites roues ni bouée.

    Et… je l’ai fait. Je l’ai fait et je ne  suis pas morte, ni mortifiée. Je retrouve enfin la petite fille qui a juste envie de danser et qui prend du plaisir à se sentir danser et vivre.

    Quand je reçois la musique de Maria, je souris en lisant « Flamenkalbeliya ». Je me demande à quoi ça peut bien ressembler. Je me dis que j’ai hâte de voir ça . Du mélange. En reprenant le fil, je m’aperçois que les danseuses que nous avons fait défiler au Serpent Qui Danse ont ce point commun : elles ont une patte, elles dansent à leur sauce, même, elles dansent LEUR danse. Du coup, ce n’est plus vraiment du flamenco, plus vraiment du kalbeliya, plus vraiment de la danse  orientale, plus vraiment du tribal, ou du hip hop, c’est tellement fusionné, digéré, enrichi, c’est elles.

    C’est aussi toute la souplesse et la beauté des danses traditionnelles, elles n’enferment pas, elles élargissent les horizons. Hors des carcans, elles invitent ouvertement les danseurs à se l’approprier. Et ce paradigme est plus difficile à trouver en tribal, ou dans les danses plus modernes, nomenclaturées, classées. Enfin moi j’ai mis du temps à en sortir. Pas d’amertume, je pense que c’est un chemin assez habituel… et de toute façon c’est le mien.

    J’entends encore Mihrimah en rire : « il n’y a pas La Danse, avec un D majuscule, qui serait supérieure aux autres ». Je me suis enfermée  (réfugiée ?) dans la technique, dans la précision et l’exactitude, et j’ai oublié de créer, de fusionner. Ou j’ai eu peur de dénaturer.

    Mais quelle est la nature de la danse ? N’est elle pas le langage, la beauté universelle, le partage, le plaisir, le mouvement de vie ? Si tu as tous les mots, parfaitement prononcés, mais qu’ils ne font pas sens, à quoi te sert le langage ?

    Toutes ces belles danseuses ont l’essence du mouvement. Elles l’ont. Elles ont l’essence du rythme.

    A ce moment précis, où j’allais me mettre à danser à un mètre des quelques spectateurs, les yeux dans les yeux, j’ai à la fois déculpabilisé, et à la fois renoué avec une forme d’humilité. J’ai laissé au (spartiate) vestiaire mon obligation de contrôle, de perfection, et j’ai retrouvé le plaisir. Et je crois que ma danse, mon fil rouge, est en train de se dessiner. Il bougera, sûrement, mais je ne me sens plus dispersée, je me sens enfin moi quand je danse. Je laisse la technique à sa place, à sa place d’outil. Quel bonheur.

    Semaine suivante, je dois danser sur scène avec Charlotte. Cette fois ci, c’est bien calé, nous n’avons plus qu’à nous reposer sur notre choré. Cette fois ci, on danse avec filet, ouf. On entre sur scène, la musique démarre et… et ce n’est pas la bonne musique ! Boudiou,  je me suis trompée !!!! Il y a dans mon fucking ordinateur deux « Kiss of fire », pourquoi, Dieu seul le sait, je n’avais JAMAIS entendu cette chanson avant que Charlotte me la fasse écouter, et j’ai BIEN EVIDEMMENT envoyé la mauvaise. Donc, mi amusées, mi paniquées (enfin je dois avouer que  la proportion de ces deux sentiments n’était pas la même chez moi ou Charlotte) nous semi-improvisons et adaptons la choré à une musique DIFFERENTE.

    Ah. AH. AH.

    Bref, le baptême du feu est passé, et cette année aura décoincé beaucoup de choses. J’ai commencé par ne plus avoir peur. De mes imperfections, de ne pas les maîtriser, de les mettre en lumière. Transformer cette honte, cette peur de dévoiler tout d’abord en présence, puis en envie de partage. Et puis j’accepte d’être un être multiple, curieux, voyageur, qui papillonne et a soif de découverte, je ne peux, je ne sais limiter mes apprentissages, mes découvertes à UNE danse, je ne veux pas être prof de « american tribal fusion » à vie et devenir une « master of », c’est une partie de moi, de ma danse, mais ça n’est qu’une partie. C’est si restrictif… Je veux et je vais continuer mon voyage dans LES danses, et cela continuera de me nourrir et m’inspirer.

    D’ailleurs c’est amusant, alors que nous sommes si différentes, de corps, de goûts et de chemin, j’ai l’impression que des similarités se dessinent entre la danse de Charlotte et la mienne. Peut être avons nous résonné avec la même sensibilité aux danseuses qui nous ont nourries?

    En tous cas, problématique soulevée par ce cheminement, l’année prochaine, je voudrais faire aussi des cours qui me ressemblent (c’est déjà le cas, mais ça fait déjà quelques mois que ce n’est plus vraiment/seulement des cours de tribal), et… je ne sais pas comment appeler ce que les élèves vont faire.

    Il me reste quelques semaines, si vous avez des suggestions ?

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